Analyse des entretiens

REUTERS/Joshua Lott
REUTERS/Joshua Lott

Nous avons choisi d’analyser les entretiens de manière à déterminer si les personnes interviewées ont plutôt tendance à confirmer ou infirmer les théories citées dans les deux premières parties.

Fabrizio X & Costanza Y

La partie autobiographique des entretiens nous a servi à comparer comment se présentaient les deux personnes. Comme précisé au début, nous n’avons pas pu poser les mêmes questions, mais Costanza a tout de même abordé, lors de son entretien, les autres thèmes sur lesquels nous voulions qu’elle réagisse.

Nous avons tout de suite noté, en comparant les deux entretiens, que les personnes présentaient leurs parcours de manière différente. Fabrizio parle énormément d’expérience, il met en valeur sa prise de décision, sa faculté à s’adapter aux différents postes. Il n’a pas réellement développé sa formation mais a préféré nous parler de ses réalisations, et des expressions comme “je me suis jeté dans le monde de la new economy” montrent son côté audacieux. A l’inverse, Costanza nous a plus parlé du côté “encadrement”, des collègues qui lui ont permis d’évoluer dans ses différents emplois, “excellent rapport avec mon partenaire de référence, au point que quand il a décidé d’aller travailler chez un autre cabinet d’avocats très important, il m’a emmené avec lui”. De manière générale, pour passer d’un poste à l’autre, F. Sadun utilise des expressions qui montrent qu’il a décidé de changer de poste, qu’il a pris les choses en main : “Je me suis ensuite déplacé dans le monde du luxe”, “Je suis donc allé travailler chez Kataweb”, alors que COSTANZA utilise des mots qui nous laissent penser qu’on lui a permis de changer de poste : “j'ai été aussi contactée par un cabinet d’avocats international à Bruxelles, qui m’a offert un poste”, “J'ai pu rejoindre le programme de formation de la Commission européenne”. Nous pensons que cette différence rentre dans la théorie selon laquelle les hommes ont plus confiance en eux et attribuent leur succès à des facteurs plus internes qu’externes, contrairement aux femmes.

En ce qui concerne les obstacles rencontrés par les deux managers, Costanza n’a pas exprimé d’obstacles particuliers dans sa carrière. Fabrizio, en revanche, exprime qu’il a rencontré des obstacles mais comme il le dit : “Les principaux obstacles rencontrés étaient peut-être des obstacles systémiques, de crise”. Il ne cite à aucun moment des obstacles de type familial ou simplement des difficultés qu’il aurait eues dans la carrière.

Si Costanza précise qu’elle n’a pas rencontré d’obstacles particuliers dans son parcours, elle souligne que c’est certainement dû au milieu dans lequel elle s’est trouvée. En effet, lors de son passage à la Commission européenne, elle précise : “La Commission est 100% gender equality, on nous assignait les mêmes emplois, nous participions tous à la vie du groupe, nous avions un tutor, tout était très organisé”, un milieu institutionnel est en effet peut-être plus réglementé et donc plus protégé. De même, le milieu des avocats est, selon elle, si chronophage et difficile que tout le monde doit travailler énormément, ce qui ne laisse pas vraiment de place à la discrimination. Costanza nous livre cependant une anecdote : “Situations un peu embarrassantes par moments, quand parfois les clients avaient une attitude un peu différente vis-à-vis des jeunes professionnelles femmes. Par exemple, lorsque j'étais déjà avocat, j’ai été envoyée faire la « due diligence » dans une grande industrie qui produisait des tableaux de bord pour les voitures. Nous étions un homme et moi, ils appelaient mon collègue avocat et moi « Dottoressa »”. “Dottoressa” est la manière dont on appelle les étudiants en doctorat, qui ne sont donc pas diplômés, le client a donc tout de suite assumé que la femme était moins compétente que son collègue masculin. Cette exemple montre que Costanza a quand même subit des discriminations, et nous avons même remarqué qu’elle a tendance à minimiser ces discriminations puisqu’elle en parle comme “situations un peu embarrassantes”.

Lorsque l’on aborde la question des femmes en général, que Costanza ponctue de quelques anecdotes personnelles, on peut voir ressortir l’ensemble des théories dont nous avons parlé dans la première partie.

Tout d’abord, Fabrizio n’a pas parlé de l’ambition, qu’il ne pense apparemment responsable en rien de barrages que les femmes peuvent avoir. Costanza, pour sa part, nous a expliqué plusieurs fois qu’à aucun moment elle ne considérait que les femmes manquaient d’ambition.

Les deux personnes constatent qu’il existe un plafond de verre, c’est à dire que les femmes n’accèdent pas aux postes à très haute responsabilité (ceux en contact direct avec le PDG). Les explications qu’ils donnent à ce plafond de verre sont cependant légèrement différentes.

La théorie des rôles sociaux

Le fait que les femmes assument la maternité et par la suite, traditionnellement, élèvent les enfants, semble constituer une grande partie du problème. L’argument du rôle social de la femme est le premier qu’avance Fabrizio quand on lui demande “Est-ce leur limitation ou la société et l'environnement ne sont-ils pas propices?” pour expliquer le fait que les femmes accèdent moins à un rôle de hautes responsabilités. En effet, selon lui, un “top manager” a une vie où “Des agendas occupés d’ici les 4 prochains mois sont assez difficile à gérer au sein d'une famille. Famille où par phénomène culturel, encore vrai aujourd’hui, s'il y a des enfants, le parent qui s'en occupe le plus reste la mère.”. Il explique : “En particulier, lorsque les enfants sont petits, ce qui coïncide en plus avec la phase la plus propice aux développement dans une carrière professionnelle.”. Il n’en reste pas moins conscient que tout cela est un “phénomène culturel”, selon ses propres mots.

Costanza parle elle aussi de la maternité en premier lieu, après avoir développé son expérience personnelle, quand il s’agit d’expliquer ce qui fait obstacle aux femmes dans leur carrière professionnelle. Cependant, et cela nous a surprises, il n’y a pas un mot sur le conjoint dans son discours. Il incombe aux femmes de faire un sacrifice, et Costanza ne remet absolument pas cela en question. Nous ne savons pas si l’absence d’une remise en question sur la responsabilité de la société dans cette définition des rôles sociaux relève d’un manque de recul (recul que nous avons cependant retrouvé chez Fabrizio) qui renforce cette théorie des rôles sociaux, ou si, plus simplement, elle a préféré ne pas parler d’un aspect théorique qui ne change pas la réalité des faits.

Si tous deux parlent de sacrifice que les femmes se doivent de faire dans leur carrière, la chose sacrifiée est différente.

@manu_scogna10

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