La théorie des rôles sociaux

REUTERS/Joshua Roberts
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D’autre part, un autre facteur semble limiter l’accès des femmes aux postes à haute responsabilité: les rôles sociaux qui leur sont prescrits de manière instinctive.

Ce sont les théories de construction sociale qui prétendent que le comportement des individus est en général dicté par les conventions sociales. C’est donc sur ce présupposé que se base Eagly (1987) pour fonder ce qu’elle appelle la “théorie des rôles sociaux”.

Cette théorie explique que les individus ont tendance à se répartir les tâches dans la société en fonction de leur sexe, car chaque sexe est soumis à des attentes bien spécifiques. Ceci signifie que chaque individu à tendance à se plier (de manière consciente ou non) à ce que la société attend de quelqu’un de leur sexe. Ces attentes sont essentiellement liées à la tradition et aux habitudes: depuis toujours, il semblerait que les femmes soient celles qui doivent s’occuper des tâches ménagères et de l’éducation des enfants (pour résumer de manière caricaturale), tandis qu’il est attendu des hommes qu’ils subviennent aux besoins de la famille en travaillant.

Ces attentes s’expliquent par les caractéristiques physiques de chacun: la femme est celle qui porte le bébé et qui peut le nourrir par la lactation, donc c’est à elle que revient la charge de s’en occuper par la suite, tandis que l’homme est généralement considéré comme plus endurant et fort physiquement, donc plus apte à s’occuper de tâches exigeantes et difficiles (historiquement la chasse et les métiers manuels, mais cela s’est transformé pour inclure tous les métiers astreignants). Ainsi, traditionnellement, les hommes et femmes étaient “prédestinés” à des tâches bien différentes, et cette séparation est encore d’actualité aujourd’hui.

D’autre part, ce phénomène est amplifié par l’erreur fondamentale d’attribution, basée sur la théorie de l’inférence correspondante (Jones et Harris, 1967). Celle-ci postule que nous avons tendance à expliquer des comportements en théorie librement choisis par des dispositions internes aux individus. Appliqué à notre cas, cela se traduit donc par une société qui estime que la raison pour laquelle les femmes tendent à occuper des postes moins élevés et à se consacrer à leur famille est que c’est “dans leur nature” et non pas parce qu’elles le veulent. Cela ne fait que contribuer à cette stigmatisation des hommes qui travaillent et des femmes qui restent à la maison.

Ainsi, si les femmes occupent moins des postes à haute responsabilité, c’est parce que la société prétend qu’elles n’ont pas à le faire, ce qui découle de la théorie selon laquelle les hommes et les femmes doivent chacun posséder des rôles prédéfinis par la société, en fonction de leur genre.

Dans les faits, comment cela se traduit-il ? Tout d’abord, les pères ne représentent que 3,4% des parents au foyer, c’est à dire que dans la majorité des cas, ce sont les femmes qui restent à la maison pour s’occuper des enfants, en sacrifiant parfois leur carrière. D’autre part, une étude menée par l’Insee en 2010 affirme que les femmes consacrent en moyenne 3h26 par jour aux tâches ménagères (ce qui représente 22 minutes de moins qu’en 1999), tandis que les hommes se contentent de 2h par jour. Nous constatons également que, bien que le temps consacré aux tâches domestiques par les femmes ait chuté, le temps consacré par les hommes a à peine augmenté, ce qui semble traduire un manque d’investissement de leur part dans la vie familiale et le foyer. Une autre étude menée par Opinion Way met en évidence le poids de la charge mentale des tâches ménagères pour les femmes: 90% d’entre elles se sentent responsable du ménage, et 88% responsables de l’élaboration du repas. L’équilibre en termes de partage de tâches domestiques est donc bien loin d’être atteint.

Enfin, aux Etats-Unis, lorsque mari et femme travaillent tous les deux à plein temps, la mère s’occupe plus des enfants à 40% et du ménage à 30%. Ainsi, même lorsque l’homme et la femme sont sur un pied d’égalité sur le plan professionnel, les femmes se retrouvent encore une fois confrontées à un manque d’équité sur le plan personnel.

Ceci semble être un facteur explicatif primordial dans le constat que les femmes sont moins présentes au sommet des entreprises et organisations: il est encore attendu d’elles qu’elles se chargent quasi exclusivement des tâches domestiques et des enfants, ce qui paraît difficilement conciliable avec une vie professionnelle épanouie.

@manu_scogna10

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