Les difficultés du ‘gender gap’

REUTERS/Terray Sylvester
REUTERS/Terray Sylvester

Nos deux top manager sont d’accord sur ce point: il s’agit d’une question de relationnel, de «politique», comme dit Costanza. Nous avons cependant été marquées par la façon dont est exprimée cette opinion. Fabrizio parle de « phénomène de cooptation», soit il insinue, nous pensons, que les hommes ne sont pas capables de coopter des femmes, et donc de reconnaitre leurs capacités ou même de les considérées comme «amies», soit que les femmes ne sont pas capables de montrer leurs capacités et de participer à la vie politique. Cependant, en prenant en considération le ton de l’entretien, nous pensons qu’il a plutôt essayé d’exprimer la première option. Ainsi il condamne, dans un certain sens, cette mauvaise pratique qu’est la cooptation puisqu’il la pointe comme étant en partie responsable de l’absence des femmes dans les sphères dirigeantes. Costanza, à l’inverse, pointe directement la responsabilité des femmes et leur incapacité, pour la plupart, à rentrer dans les mécanismes de cooptation. On remarque par leur expression de la réalité que les deux «top manager» ne sont pas d’accord sur l’attribution de la responsabilité. Une ébauche d’explication pourrait être celle-ci (nous avons pris la liberté d’émettre quelques hypothèses): Fabrizio est en train de parler à une jeune étudiante à propos de la position des femmes dans l’entreprise, peut-il vraiment se permettre de dire que les femmes «ne sont pas politiques»? Dans la société actuelle, il serait aussi mal vu de mettre la responsabilité sur les femmes. De l’autre côté, Costanza semble très portée sur l’empowerment de la femme, à commencer par son propre cas (elle a cumulé carrière et vie de famille, elle semble à l’aise pour négocier son salaire), elle préfère donc peut-être ne pas poser les femmes comme des « victimes » du mécanisme de cooptation mais comme des personnes qui ne sentent actuellement moins «concernées» et non capables, ce qu’elle déplore. Implicitement, elle indique que les femmes sont tout à fait capables des mêmes choses.

Nous voulions tout de même noter que Costanza a abordé, rapidement, quelques sujets clef du débat qui anime nos sociétés en ce moment, et dont Fabrizio n’a pas parlé:

  • Le «gender gap»: «Un autre problème, cependant, dans les grandes entreprises est le gender gap en matière de rémunération. À égalité de poste et je dirais même quand les femmes sont plus qualifiées, celles-ci sont beaucoup moins rémunérées que les hommes, selon moi. Et ça c’est quelque chose qui doit faire réfléchir». Si elle pose cette situation comme étant un réel problème pour les femmes qui voudraient faire carrière, elle enchaine directement sur le fait que les femmes aient parfois du mal à négocier leur salaire. Encore une fois, les femmes sont au centre du problème et de la solution, nous n’avons, à aucun moment, senti de critiques envers les femmes, qui, contrairement à elle (CB), n’arrivaient pas à négocier leur salaire ; mais il n’y a pas de critique non plus envers la société qui cautionne d’une certaine manière (image de la femme, éducation, rôles sociaux), les discriminations envers les femmes, et cela nous a quelque peu étonnées.
  • Le harcèlement au travail. Une phrase nous a tout particulièrement marquées: «Une autre chose qui arrive aux femmes qui ne sont pas laides c’est qu’il peut arriver qu’elles soient approchées pour d’autres raisons que le travail. C'est un aspect très délicat car il est clair que quand un comportement de ce genre vient de quelqu'un qui est hiérarchiquement supérieur, des situations difficiles à gérer se créent, qui peuvent également influencer l’avancement de carrière». Si Costanza ne nous parle pas directement de harcèlement, c’est ce que nous avons compris. Encore une fois, Costanza atteste des faits, sans porter de jugement de valeur sur ceux-ci. Nous avons en fait eu l’impression qu’elle minimisait les discriminations, le remarques, et même le harcèlement fait aux femmes. Costanza a conscience que de telles situations existes, qu’elles sont « embarrassantes » ou « difficile à gérer », mais ne semble pas condamner leur existence. Cette absence de remise en question est éventuellement due à la peur que ces propos ne soient diffusés, et qu’ils fassent écho à des situations vécues au sein de son entreprise actuelle, ce qui pourrait lui porter préjudice, mais cela n’est qu’une hypothèse.

@manu_scogna10

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