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C’est ainsi que Charlie Hebdo fait tomber les tabous de la France


Une interview exclusive de l’année dernière dans la rédaction de Charlie Hebdo avec Renald Luziere, dit Luz, survécu par hasard a l’attentat de hier à cause de son retard à la réunion avec l’équipe de rédaction.

Une interview exclusive de l’année dernière dans la rédaction de Charlie Hebdo avec Renald Luziere, dit Luz, survécu par hasard a l’attentat de hier à cause de son retard à la réunion avec l’équipe de rédaction.

 

Photo http://stevenwassenaar.photoshelter.com

Comment devient-on caricaturiste? Quelle est la formation que vous avez suivi pour devenir un dessinateur? Quelles sont les qualités requises pour devenir un bon caricaturiste?

Personnellement, moi je suis autodidacte. J’ai pas fait de formation particulière. Il y a quelques auteurs qui sont passé par certaines écoles de dessin mais, moi, de mon coté, j’ai failli rentrer dans une école de dessin mais quand je me suis aperçu que la plupart des écoles de dessin sont  surtout des écoles qui sont a but publicitaire, j’ai préféré pas me laisser enfermer dans ce style là. J’ai fait des études de droit, ça n’a aucun rapport mais disons que ça m’a permis, en tout cas, de m’approcher de la chose publique de la réalité finalement de ce qui fait l’essence de mon travail, c’est à dire comment fonctionne l’Etat, comment fonctionne la vie en société.

Est ce qu’il y a des règles formelles pour faire une caricature?

Je pense qu’un bon caricaturiste c’est quelqu’un qui est, avant tout, curieux et qui essaye d’appréhender le monde, c’est un peu grandiloquent de dire ça, mais je pense que c’est tout bêtement la réalité. Ce qui m’a former pour être un bon caricaturiste, c’étais quand j’étais gamin, je dessinais la société de mes parents, voila la vie, les dinars chez mes parents ou chez les amis de mes parents, et en fait c’était déjà quelques part une forme de journalisme dessiné. J’essayais de comprendre, dans le dessin, a quoi ressemblait la société des adultes. En fait, je pense que pour être un bon caricaturiste il faut toujours conserver, en tout cas, pas forcément une âme d’enfant, mais d’avoir ce questionnement sur la société qui nous entoure, de regarder la société comme toujours une société d’adultes dans laquelle on est pas encore. Je pense que vraiment ça c’est vraiment le truc essentiel. Après, sur le dessin c’est plus difficile à dire. Je dirais que moi je suis un mauvais portraitiste et donc un bon caricaturiste.

Comment parvener vous à révéler la réalité grâce à, paradoxalement, la déformation de celle-ci?

C’est une question complexe, je pense que j’essaye d’aller au plus près de la réalité, je la déforme malgré moi, en fait. Je pense pour une bonne caricature c’est pas forcément une caricature ressemblante, mais surtout une caricature juste, dans la vision qu’on a de la personne qu’on voit ou du monde qui nous entoure. Il faut pas forcément être réaliste, mais c’est d’essayer de coïncider le plus possible avec l’image de la société qu’on a en face de soit. La réalité se travesti suffisamment elle même pour pouvoir avoir juste à la prendre, à la cueillir en place.

Est-ce que vous choisissez les thèmes par vous mêmes?

Oui. Les dessins sont souvent le reflet de mes propres obsessions dalleurs. En tout cas, Charlie Hebdo on a personne qui décide de la publication de nos dessins, sauf au moment où on cherche la couverture, à ce moment là on piste de la copie, on donne énormément de dessins et on dessine celle qui est la plus pertinente, mais sinon on choisi des sujets, on a une page entière, deux pages. On choisi même le mode pour parler du sujet, ça veut dire que ça peut être un reportage, donc vraiment un dessin de terrain, ou alors une bande dessinée, c’est possible aussi, ou encore un seul dessin, ou alors des strips. Il n’y a pas de règles préétablies.

Quels domaines préférez-vous caricaturer?

Au tout début de ma carrière, il y a vingt ans, j’étais assez obsédé par la montée de l’extrême droite en France, la place de l’extrême droite en France, pas que la montée, donc je faisais beaucoup de reportages de terrains, j’allais voir ce qui ce passait, je dessinais beaucoup là dessus. J’aimais bien m’inspirer à la fois du terrain, pour pouvoir faire aussi des dessins de fiction totale. C’est à dire avoir un petit encrage dans la réalité pour pouvoir raconter, faire des blagues. Quand on fait des gags dans un dessins  de caricature il faut que le fond réel quand même soit assez fort. Si on est trop dans la fiction après on perd un peu le lecteur, c’est beaucoup plus fort si il y a une petite parcelle de vérité dans le dessin. Mais sinon, maintenant, pas que l’extreme droite ne reviens pas en force, mais vu que j’ai beaucoup travailler sur le sujet, je me suis fait pas mal griller aussi dans les reportages, c’est à dire qu’ils savaient qui j’étais, et maintenant je ne pourrais pas faire un reportage sur l’extreme droite de la même manière. Pourtant un truc qui m’intéresse c’est la musique, dessiner la musique en live, ça m’intéresse vraiment beaucoup. Mais par contre en caricatures de la musiques, j’aime bien, par exemple, caricaturer la place de la chanson française en France, qui est une grande prétention française. J’aime bien me lâcher là dessus, parce que je pense que c’est aussi un truc intéressant de toucher des domaines dans lesquels il n’y a pas forcément de culture de la caricature. Quand je tape sur un type qui fait de la chanson française, personne n’a particulièrement l’habitude de voir ce type un peu bousculé, ridiculisé ou charrié. J’aime bien faire ça en ce moment.

Quels sont les sujets fâcheux, les “tabous” qui sont plus difficiles à aborder?

Je pense qu’il y en a un que vous imaginez très bien depuis nos récents événements. Charlie Hebdo a une vieille histoire, et même la satire en France a une très vieille histoire, où on a fait beaucoup tomber divers tabous, en tout cas dans les années ’70 c’étaient le tabou de la mort et le tabou du sexe. Et ça c’est Charlie Hebdo. Cette structure là, avant même que je travaille dedans, a fait énormément pour faire tomber ces tabous là. Il y a un tabou qu’on pensait être tomber depuis longtemps, en tout cas en France, parce que c’est une tradition française de bousculer ce tabou, c’est le tabou du sacré, donc de la religion. On s’est rendu compte là, ces dernières années, que c’était un tabou encore très vivant. C’est assez surprenant parce que nous, en plus, on est dans un pays où il y a une loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la loi de 1905, dont on se préoccupe quasiment plus au niveau du dessin, au niveau de la caricature. On a l’habitude de “bouffer du curé” comme on dit en langage populaire, on a l’habitude de “bouffer du curé” depuis des années et puis moi aussi ça fait partie de ma culture. On a un journal athée, on a un journal précisément qui se méfie de l’obscurantisme religieux et là avec la religion musulmane qui arrive un peu en force, en religion un peu plus jeune, du coup on s’est attaqués à cette religion, mais comme on s’attaque à toutes les religions, comme on avait l’habitude de s’attaquer à toutes les religions, ça a créer une crispation beaucoup plus forte.

Est- ce que chaque dessinateur a une spécialité?

C’est difficile à dire pour moi, mais je pense qu’on a chacun des “spécialités”, enfin il y a d’uns qui sont un peu plus journalistes, d’autres qui sont un peu plus dessinateurs, en tout cas graphistes, qui s’intéressent plus au graphisme donc qui s’intéressent plus à l’histoire. Mais je pense qu’on a même des différences un peu d’humour. Moi je sais par exemple une grande différence que j’apprécie beaucoup dans le travail de Charb, Charb il aime bien dessiner et se mettre à la place du con ou du salaud, et le ridiculiser en lui faisant dire ce qu’il a de plus con, de plus profondément con en lui. Et ça c’est intéressant parce que moi ce n’est pas du tout comme ça que je travaille, mais lui il travaille vraiment dans cette optique là, c’est à dire se draper dans la peau du salaud pour pouvoir dénoncer le salaud. Ca c’est intéressant, il y a que lui qui fait ça, je trouve, en France et c’est assez fort. J’ai un peu du mal à analyser mon propre travail mais je pense que je ne suis pas tout à fait dans le même registre.

Combien de dessinateurs et journalistes sont présents au quotidien dans votre journal?

On est à peu près 13-14 dessinateurs. Dans l’ensemble on doit être une vingtaine, incluant les gens qui travaillent aussi la comptabilité, le secrétariat, etc…

Les mots comptent-ils autant que les dessins?

Oui, non seulement ça compte au niveau du sens, mais ça compte aussi graphiquement.J’ai remarqué qu’on voit de temps en temps des dessinateurs passer et un dessinateur qui n’a pas une très belle écriture, qui écrit mal, du coup ça ne marche pas, son dessin ne marche pas. Il faut que l’écriture soit assez personnelle, personnalisée, forte, lisible pour que l’ensemble du dessin soit lisible. Et en même temps, comme tout dessinateur, je crois que le meilleur dessin ça reste le dessin où il n’y a aucune parole. Mais, sur le dessin d’actualité ç’est assez difficile, parce que le texte permet aussi de contextualiser le dessin, de dire à quel fait d’actualité ça appartient.

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